Annick de Ridder a-t-elle pris un risque et voulu passer pour une "ministre innovante" en autorisant le système FSD supervisé de Tesla ?
C'est la question que pose la presse belge, après les révélations du quotidien De Morgen.
Ce quotidien belge en langue flamande écrit en effet que la ministre de la mobilité a ignoré l'avis de son administration qui exprimait "de très sérieuses réticences" sur l'efficacité du système.
Le département Mobilité et Travaux publics (MOW) estimait en effet que le dispositif de Tesla était peu adapté aux conditions de circulation en Belgique.
Il pointait aussi du doigt plusieurs manquements : certains scénarios non testés, des difficultés à interpréter l'infrastructure (marquage au sol, signalisation, passages à niveau) et la fonction "offset" qui permet de dépasser la vitesse autorisée.
L'avis est parvenu le jour même où Annick de Ridder a décidé de donner son feu vert au système de Tesla. La ministre a par ailleurs ignoré la recommandation de faire plus de km d'essais, estimant qu'ils étaient "superflus".
Et ce qui rend cet article gênant, c'est qu’un accident s'est produit avec une Tesla équipée de ce système. Une voiture roulant à faible allure serait entrée en collision avec un véhicule à l’arrêt au moment où le conducteur souhaitait reprendre le contrôle de l’engin à un rond-point, afin de tourner plus tôt que ce que le système avait prévu de faire. L'accident a été confirmé par le cabinet de la ministre.
Interrogée par une radio, la ministre réagit en indiquant d'abord que le rapport de son administration était plus nuancé que la présentation "tendancieuse" qui en a été faite par De Morgen (qui est un journal sérieux). "Si j'avais été confrontée à un système dont j'aurais sincèrement pensé qu'il constituait un danger pour la sécurité routière, je n'aurais jamais accordé cette homologation", a-t-elle ajouté. "La plainte que je reçois le plus souvent, c'est que le véhicule roule de manière très défensive", a-t-elle reconnu, tout en rappelant que le conducteur doit rester maître du véhicule. Ses propos sont retranscrits par VRT News.
Pour sa part, Le Vif a fait appel à un expert en mobilité autonome au sein du bureau d’études Espaces-Mobilité, Dario Deserranno. Lequel estime que "le gain en matière de sécurité routière est plutôt difficile à évaluer". En tout cas, il estime qu'en autorisant la circulation des voitures autonomes Tesla, la ministre De Ridder aurait pris "trop de risques". "Elle a signé plus rapidement pour le projet Tesla que pour n’importe quel autre projet sur lequel on a travaillé. Peut-être voulait-elle passer pour la ministre innovante. En attendant, elle a autorisé la mise en circulation de ces voitures beaucoup trop tôt", estime le spécialiste de la mobilité autonome.
Annick de Ridder s'intéresse en tout cas au sujet. Il y a quelques mois, elle postait sur son compte LinkedIn des photos sur des navettes entièrement autonomes, exploitée par l'opérateur De Lijn dans les rues de Louvain. Elle se félicitait d'un projet pilote en collaboration avec l’Union européenne, Espaces Mobilités et le gouvernement fédéral.
"Avec ce projet, la Flandre prouve son rôle pionnier dans la mobilité innovante et tournée vers l’avenir", écrivait-elle, soulignant au passage une première en Europe.

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