22 juillet 2026

La France dit non au FSD supervisé de Tesla...et ce n'est pas une surprise

Les fans de Tesla sont en émoi. Dans une vidéo hébergée par un site lié au gouvernement, et qui a pour Agora, le ministre des Transports, Philippe Tabarot, répond à une question citoyenne*. 

Et il affirme sans détour que la France n'autorisera pas le système FSD Supervisé.

Une position qui déclenche l'ire des sites** très favorables à la marque, et des commentaires très négatifs sur les réseaux sociaux (en particulier sur le compte de The Tesla Newswire sur X). Pour sa part, Elon Musk n'a encore rien publié.

L'explication du ministre prend 5 mn. Et une retranscription permet sous la vidéo d'accéder plus facilement aux arguments. Et c'est tout simplement pour des raisons de sécurité.

"En France, on considère que ce système apporte un certain nombre de progrès technologiques mais que les contreparties en termes de sécurité ne sont pas encore suffisantes pour une autorisation en l'état. D'autant que ce dispositif n'est pas un dispositif de conduite autonome : le conducteur reste responsable de la conduite du véhicule à tout moment, y compris lorsque le FSD est activé". Et Philippe Tabarot d'ajouter : "Et d'ailleurs, plusieurs autres pays européens partagent ces réserves sur le niveau de sécurité du système. Notre position n'est donc pas isolée", souligne le ministre. 

L'un des principaux arguments est que "le système permet d'effectuer des dépassements de vitesse". Et de poursuivre : "S'il constate que les véhicules autour de lui roulent plus vite, en clair, il peut rouler à 70 km heure au lieu de 50 si le trafic circule à cette vitesse, et ça sans demande explicite du conducteur".  

Le ministre des Transports considère aussi que "le système ne permet pas de garantir un niveau d'attention optimal du conducteur en ville et pendant les manœuvres les plus complexes, comme les changements de voies, les passages d'intersection ou de ronds-points". Un point qui semble chagriner Philippe Tabarot, car "même lorsque l'aide à la conduite est activée, le conducteur reste pénalement responsable en cas d'accident".

En l'état actuel, la France poursuit ses échanges techniques avec les Pays-Bas (où un représentant du ministère s'est rendu) et les autres États européens, ainsi qu'avec Tesla pour affiner son analyse. 

Dans sa vidéo, le ministre tient à souligner que "la France soutient ces technologies". Mais, "leur déploiement doit se faire dans un cadre de confiance qui permet d'évaluer les systèmes et de déterminer les ajustements du FSD nécessaires pour garantir un haut niveau de sécurité". Il estime "normal qu'on prenne le temps de bien les évaluer pour protéger le conducteur comme l'ensemble des usagers de la route". 

Le détail qui tue, selon moi. Philippe Tabarot rappelle que "la France a déjà accordé par le passé des dérogations pour ce type de dispositif lorsqu'il répondait aux exigences de sécurité. C'est le cas par exemple de Ford, et de BMW récemment". 

Autrement dit, ces deux marques ont su convaincre le ministère des Transports par leur sérieux. Et ce n'est tout simplement pas le cas de Tesla. 

Pour ma part, je ne suis pas surpris par cette prise de position. J'avais déjà relayé, lors d'une conférence au Haut Commissariat au Plan, en mai dernier, des propos de Claude Renard de la DGEC (Direction générale de l’énergie et du climat) qui disait "que le défi de passer le rond-point de l'étoile avec des vidéos n'est pas ce que souhaitent les acteurs de la filière et le gouvernement".

En tout cas, ça ne tombe pas très bien pour le patron de Tesla, Elon Musk, qui est sous la pression de ses actionnaires. Il doit justement leur expliquer pourquoi les choses vont moins vite que prévu pour les robotaxis. D'autre part, ça ne fait pas les affaires de Tesla qui comptait faire son show au moment du Mondial de l'Automobile cet automne. 

La question, c'est de savoir comment les autres pays vont interpréter ce refus français. Sur ce site, on peut suivre en temps réel où en sont les Etats en Europe par rapport au FSD Supervisé. 

*La conduite autonome supervisée homologuée aux Pays-Bas pourrait contribuer à sauver des vies en limitant les erreurs humaines. La France envisage-t-elle de l’autoriser prochainement ? La question a été posée par un certain Ludovic.

**Pour l'anecdote, le site Numerama - très surpris par la forme de communication - a demandé au cabinet de Tabarot s'il était au courant de cette vidéo. Et il ne l'était pas. Du coup, il a publié une news (retirée depuis) où il évoquait une "fausse vidéo". Frandroid, qui fait partie du même groupe de médias, critique la position, en affirmant que si des arguments tiennent la route, d'autres beaucoup moins. Quant à Tesla Mag, il n'avait pas encore réagi au moment d'écrire ces lignes. 

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