Tesla est une marque qui sature l'espace médiatique en matière de conduite autonome.
Au-delà des annonces à répétitions d'Elon Musk, depuis plus de 10 ans, la marque peut bénéficier du soutien de la presse, plutôt bienveillante*, et des influenceurs.
Grâce à des vidéos, le constructeur américain joue la carte de l'opinion. Sans détailler ce qu'il met dans son système FSD (Full Self-Driving), il demande aux Etats de lui faire confiance. Et il demande aussi de façon explicite à ses clients de faire pression sur les régulateurs.
C'est à mon sens de l'ingérence.
A ce stade, Tesla a réussi à décrocher une dérogation aux Pays-Bas pour le FSD en mode supervisé, ainsi qu'en Lituanie. Et il aurait aussi l'accord de l'Estonie.
La firme espère pouvoir l'étendre à toute l'Europe cet été. Il faut aussi préciser que d’autres pays du monde ont déjà homologué le Full Self-Driving Supervised de Tesla, à l’instar de l’Australie, du Canada, de la Chine, du Mexique, de la Nouvelle-Zélande, de Porto Rico, de la Corée du Sud et des États-Unis bien sûr.
Pour le moment, il ne s'agit toujours pas de conduite autonome. Mais, Tesla joue sur les mots. Et son armée de fans passe son temps sur les réseaux sociaux à fustiger l'Europe et ses lourdeurs. Elle vomit aussi sur les "haters", autrement dit ceux qui ne font pas partie de la communauté.
S'agissant du véritable pari, celui de la véritable conduite automatisée non supervisée, il y a le storytelling et la réalité. Le site Robotaxitracker, qui suit en temps réel les opérations de taxis autonomes aux USA, permet de voir quel est l'état réel de déploiement des flottes. A l'heure actuelle, il n'y aurait que 39 véhicules non supervisés (des véhicules avec FSD non supervisé). Quant aux cybercabs, le site en répertorie 54 en test.
Il fut un temps où le site affichait le temps d'attente de ces taxis. Et il était très long. Depuis, le signal a été coupé par Tesla. Reuters a voulu en avoir le coeur net. Leur reportage peut être vu ici.
L'agence de presse américaine, qui fait un travail remarquable, a aussi publié une enquête assez édifiante. Il s'avère qu'Elon Musk et les autres dirigeants ont menti.
Selon eux, le FSD serait 10 fois plus sûr que l'être humain. Mais ces chiffres ne tiennent pas la route. Reuters a questionné des chercheurs réputés qui concluent que c'est du marketing et que la méthode de calcul est volontairement biaisée. On serait plutôt sur un facteur 3, et encore... En comparaison, Waymo est bien plus fiable (et sérieux).
Pire encore, d'anciens employés de Tesla, qui passaient leur temps à visionner des vidéos du FSD pour détecter les erreurs, sont effrayés par ce qu'ils ont vu. Incapables de reconnaître des animaux, les voitures percutent des chats, des chiens, des biches. Et elles frôlent les enfants qui descendent des bus scolaires, quand elles ne manquent pas de percuter des ouvriers sur un chantier routier.
Sur le FSD, un mode "Mad Max", qui rend la conduite plus agressive, a pour effet de dépasser les limitations de vitesse. Et après, Musk raconte que son système FSD peut sauver 32 000 vies par an.
L'un de ces "data labelers" dit qu'il ne faut pas croire Elon.
Un autre dit qu'il ne prendra jamais un Cybercab, même si on le payait.
A ce propos, la mise en scène de ces robotaxis a été arrangée. Contrairement au discours officiel, qui est de dire que le logiciel s'adapte partout, Tesla a cartographié les zones où les véhicules automatisés allaient évoluer.
Toujours selon Reuters, pendant des semaines avant la présentation de Cybercab en octobre 2024 sur le terrain des studios Warner Bros., le personnel testait les prototypes chaque soir de 18h à l’aube, collectant des vidéos des itinéraires exacts que les voitures suivraient. Les étiqueteurs de données ont passé des centaines d’heures à annoter les bordures et les marquages routiers pour éviter des incidents embarrassants.
La même chose s’est produite avant le lancement des robotaxis à Austin (Texas) en juin 2025. Tesla a filmé de manière intensive pour cartographier les feux de circulation, les panneaux de signalisation et d’autres éléments utiles. Pour autant, il y a eu des incidents.
Superbement ignorés par les fans de Tesla, tous ces problèmes commencent à inquiéter aux USA. Il serait temps que l'Europe ouvre elle aussi les yeux.
*Avec toutefois un réveil de la part de certains médias. Ainsi, le site américain Electrek qui était naguère toujours très positif sur Tesla a changé radicalement de ton.



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